Ce qu’il y avait avant l’esclavage des noirs

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Ce qu’il y avait avant l’esclavage des noirs

 

Episode 2 : Comprendre le mythe du nègre en 4 points (1ere partie)

 

Tête de princesse Égyptienne datée de la XVIIIe dynastie (soit environ entre 1550 et 1292 avant Jésus-Christ)
Source: Photographie de Marie Grillot, musée du Louvre

Le mythe du nègre [1] c’est l’histoire selon laquelle les colons ont trouvé les noirs dans un état primitif et leur ont apporté la civilisation. Un mythe que beaucoup propagent encore aujourd’hui au XXIe siècle, deux siècles depuis l’abolition de l’esclavage :

« Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé. »

Sarkozy, Dakar, 2007

Avant le grotesque était le monopole du bouffon, maintenant il est incarné partout, même chez les politiques, même chez ceux qui sont censés avoir un certain discernement intellectuel.

1. Avant le mythe du nègre

Comment sait-on de façon certaine que certains événements passés se sont vraiment passés ? Après tout nous n’étions pas là. Les historiens tels des enquêteurs se fondent sur des archives, des images, des vestiges dont ils doivent évaluer l’authenticité. Ils doivent interpréter leurs recherches de façon objective et exposer leurs analyses en usant d’un raisonnement scientifique afin de reconstituer l’histoire. En Occident, une figure se démarque clairement comme la référence incontournable, il s’agit d’Hérodote, historien et géographe grec de l’Antiquité, d’ailleurs surnommé « le père de l’histoire ». Il a fait de nombreux voyages qu’il relate dans le témoignage de son époque et qui constitue son œuvre ultime, Histoires. Il décrit ainsi lui-même ses écrits : « c’est l’exposé de [mon] enquête pour empêcher que le passé des hommes ne s’oublie avec le temps et pour éviter que d’admirables exploits, tant du côté des Grecs que de celui des Barbares, en perdent toute célébrité ». Le mot Barbares signifie ici tous ceux qui ne sont pas grecs, le reste du monde pour ainsi dire. Parmi ses nombreux voyages, un en particulier nous intéresse, il s’agit de celui qu’il a fait en Égypte.

Quand Hérodote visite l’Égypte au Ve siècle avant Jésus-Christ, celle-ci a déjà perdu son indépendance. Le pays est sous la domination des Perses (ce qui correspond aujourd’hui à une partie du moyen Orient, l’Iran, l’Irak et d’autres pays du croissant fertile) depuis plus d’un siècle. Malgré les métissages qui ont pu se faire entre Perses et Égyptiens, Hérodote décrit les Égyptiens comme des personnes « noires » avec des cheveux « crépus ». Son témoignage est soutenu par ses pairs de l’époque comme Platon, Aristote, Diodore, et bien d’autres. Il y a une véritable littérature faite par les savants de l’époque qui soutiennent cette thèse. On peut au moins leur accorder en tant que savants, la capacité de décrire physiquement une personne noire, blanche ou verte.

Les Égyptiens eux-mêmes exprimaient leur identité noire partout dans leur art, au point que le pays Egypte était désigné sous le nom de « Kémite », construit par la racine « kem » qui signifie noir. La traduction de « Kémite » est le pays noir. Cela signifie le pays des noirs et non le pays noir (en référence à la terre noire) comme certains traduisent encore aujourd’hui.

Il y a eu l’Égypte, noire et grandiose, qu’on verra dans d’autres épisodes, mais il y a aussi eu son déclin. La question à 1 million de dollars est la suivante: à quel moment est-ce qu’on commence à cultiver cette supercherie sur une civilisation noire qui n’aurait jamais existé ?

2. Origine du mythe du nègre

On sait que l’Égypte a été successivement dominé par des puissances extérieures à partir du Ve siècle avant Jésus-Christ et ce jusqu’au XIXe siècle. D’abord par les Perses, puis par les Macédoniens (au Nord de la Grèce), les Romains, les Arabes, les Turcs, les français et les anglais. Pendant que l’Égypte se meurt doucement du fait de ces invasions, les peuples autour de la Méditerranée se développent de façon assez singulière, grâce à la disposition géographique qu’offre cette position stratégique et d’un progrès technique qu’on peut qualifier d’exceptionnel, particulièrement chez les Grecs et les Romains. Avec cet avantage matériel, l’arrivée du christianisme au XVe siècle et le désir de conquérir le monde, les premiers Occidentaux accostent ainsi la côte Atlantique Africaine [1].

Question: Mais que trouvent véritablement les Occidentaux au XVe siècle ?

Réponse A : Des singes cool comme dirait H&M

Réponse B : Des hommes déjà organisés en société

Désormais coupés du reste du monde à l’issue de toutes les dominations qui surviennent en Égypte, les noirs se replient de plus en plus vers l’intérieur du continent. Ils sont coupés du reste du monde. Ils privilégient à partir de ce moment une organisation centrée sur la société plutôt que sur le progrès technique [1]. Imagine-toi vivant au niveau du haut Nil [2] par exemple, tu dois anticiper les crues du Nil comme les crues de la Seine qui ont handicapé toute la ligne du RER C pendant plusieurs jours. Pour t’en protéger tu dois construire des digues, penser à des systèmes d’irrigation, anticiper les conséquences matérielles et sociales, etc. Tu comprends que le progrès technique est aussi le fait des défis de la nature ou plutôt le fait de la capacité de l’homme à relever les défis de la nature. Quand les noirs d’Egypte migrent vers l’intérieur du continent, dans une configuration économique favorable et sans challenges imposés par la nature, il n’y a pas ce besoin de se concentrer sur une organisation tournée vers le progrès matériel. C’est dans ce contexte de vulnérabilité technique et uniquement technique que les Africains sont indexés par les Occidentaux. Il ne faut pas oublier que l’Égypte est dominée pendant plusieurs siècles par des envahisseurs. Quel pays ne serait pas détruit par une invasion aussi longue ? Les Égyptiens ne contrôlent plus leur organisation et notamment leur système éducatif [3]. Quand tu ne peux plus transmettre ton savoir, celui-ci se perd comme s’il n’avait jamais existé. La conséquence c’est que tu régresses.

Il faut se rappeler que c’est au XVe siècle que Christophe Colomb découvre l’Amérique (quand je dis qu’il découvre l’Amérique, il découvre l’Amérique comme moi j’ai découvert la France il y a quelques années. Ce continent était déjà habité par des autochtones. Mais c’est un autre sujet.). Il faut une main d’œuvre importante et à vil prix pour exploiter les terres d’Amérique. La traite négrière apparaît comme une évidence pour participer à l’essor économique de l’Occident [1]. Voilà le début de l’esclavage des noirs, et cela va durer 400 ans. En même temps que l’histoire de la civilisation noire et son apport à la civilisation grecque disparaît, le mythe du nègre se met tranquillement en place.

Nous les humains, on a toujours besoin de justifier même nos actes les plus barbares. Comme je disais tantôt dans l’épisode 1, on va justifier le colonialisme et la vente des esclaves par le fait que les noirs sont des êtres de race inférieure. Tu vas trouver toute une littérature pour justifier de façon scientifique, philosophique et émotionnelle le caractère primitif du « nègre ». Pour n’en citer qu’un pour rire, tu as un livre qui s’intitule Essai sur l’inégalité des races humaines (1853) de l’écrivain et diplomate Arthur de Gobineau. Juste avec le titre tu comprends que le fait d’avoir un bagage intellectuel n’est gage ni d’expertise ni d’intelligence et encore moins de sagesse. C’est ce mythe perpétué de générations en générations, qui fait dire à mon cher oncle vendredi dernier dans un dîner de famille, qu’avant l’esclavage les noirs étaient des sauvages. Imagine un peu la puissance de l’acculturation. C’est comme le syndrome de Stockholm. On n’a jamais fait d’arme plus dangereuse. Il croit en ce mensonge depuis tellement longtemps, tu as beau démontrer tes arguments par x ou y, le venin a inondé toutes les artères. C’est comme les étrangers qui ont vécu si longtemps ailleurs qu’ils ne se sentent plus chez eux quand ils rentrent dans leur pays d’origine. Ils sont nés là-bas, ont grandi là-bas mais aujourd’hui ils ne peuvent y rester que le temps des vacances.

A suivre…

 

[1] Nations Nègres et Cultures, Cheick Anta Diop

[2] Le Haut Nil correspond au sud de l’Egypte

[3] Conférence de Cheick Anta Diop à Niamey, 1984

By |2018-02-18T09:46:45+01:00février 10th, 2018|Categories: Histoire|Tags: , |14 Comments

14 Comments

  1. Noelle 12 février 2018 at 1 h 06 min - Reply

    Super article. Hâte de lire la suite de cette série.

  2. Georges MOUKILOU 14 février 2018 at 6 h 40 min - Reply

    La grande migration c’est faite pour nous autres à travers le Nil. Étant à l’institut en Europe j’ai eu l’opportunité de comprendre que mon ami Tanzanien, Djouma qu’il s’appelle, en parlant avec son compatriote dans leur langue maternelle ne pouvait pas se rendre compte que moi du Congo Brazzaville comprenait quelques mots de son dialecte.
    C’était très excitait pour moi. Oui je certifie que nous sortons tous de la grande Égypte. Sinon comment expliquer que mon Ami Ayenika dont le village est frontalier avec le Nigeria c-a-d à plus de 1000 km de mon terroir, Ce nom, à la même signification que dans ma langue maternelle. Il y a tellement d’exemples à citer que ceux qui ont fort malheureusement tronqué l’histoire ne réussiront jamais avec un monde en mouvement tel que le nôtre.

  3. Wamba 14 février 2018 at 10 h 50 min - Reply

    Très belles révélations ! Donne nous des références s’il te plait . Surtout concernant la dominations du peuple égyptien par La perse . Si je peux me permettre , que penses tu des analyses du professeurs Cheick anta Diop. Je l’ai vu cité nulle part , pourtant c’est grâce à lui que beaucoup d’africains ont cessé d’être dans l’ignorance . Même si on parle là d’une infime partie .la bonne majorité de sentant très à l’aise dans ce que tu appelles savamment le mythe du Nêgre. Merci

    • La Kabassa 14 février 2018 at 12 h 30 min - Reply

      Bonjour Wamba et merci de ton commentaire. Cheikh Anta Diop est partout dans ce blog, son ombre plane au-dessus de moi. Tu as des notes de bas de page qui indiquent les références que j’utilise dans mon argumentation Je te suggère de lire aussi l’épisode 1 sur l’acculturation. Les prochains articles vont décortiquer bout après bout les éléments de la Civilisation Égyptienne dans sa gloire et son déclin.

      Force, Amour et Paix.

  4. Massouo 15 février 2018 at 6 h 07 min - Reply

    Merci pour ces découvertes. L’africain doit connaître ses origines pour pouvoir changer de mentalité.

  5. naigritude 16 février 2018 at 4 h 33 min - Reply

    c est vrai les naigres que l occidant a choisis comme partenaires eh bien ce naigre est au niveau primitif la preuve ils ne peuvent vivr comme solitaire tousjour en comminauté

  6. Oumarou 16 février 2018 at 11 h 32 min - Reply

    Bon boulot.

  7. Yao 16 février 2018 at 15 h 10 min - Reply

    Je vous encourage pour ce formidable travail que vous abattez pour que le Noir se connaisse.

  8. yabre ali 16 février 2018 at 17 h 52 min - Reply

    Bonjour pourais tu s’il te plait faire un article detaillé sur ce que nous avons apportés en terme civilisateur aux grecs aux perse et autres qui nous ont evincé

    • La Kabassa 17 février 2018 at 17 h 30 min - Reply

      Bonjour Ali et merci de ton commentaire. D’autres articles suivront de façon chronologique dans cette idée. Mais avant de savoir ce qu’on a apporté aux autres, il faut d’abord connaître ce qui est relatif à l’organisation de la société africaine. Le constat du plagiat civilisationnel en découlera logiquement par conséquence.

      Force, Amour et Paix.

  9. Sālām 17 février 2018 at 20 h 23 min - Reply

    Salut! J’aime beaucoup votre article et je hâte de voir la suite…
    Lors de  »La Leçon inaugurale de la <> » des  »Journées de Communication du CERDOTOLA » J2C 2013 qui se ténue à Yaoundé au Cameroun du 8 au 10 octobre 2013, Jean Philippe OMOTUNDE disait :<>

  10. Ogo 18 février 2018 at 18 h 23 min - Reply

    Merci! nous en avons besoin, pour se retrouver dans ce monde.

  11. jean 18 février 2018 at 21 h 20 min - Reply

    courage et bon vent avec de telles initiatives car il faut s’armer d’intelligence,comme le disait Cheik Anta Diop, pour se debarasser de ces oeillères, produits d’un conditionnement séculaire…

  12. Kouassi Gastian 20 février 2018 at 10 h 46 min - Reply

    J’ai fait la découverte de votre travail à partir de l’épisode 3.
    Nous devons savoir que la guerre des races ou racisme est une réalité. Là guerre pour la suprématie raciale doit nous interpellé et tous nous intéresser nous les africains. Pour pouvoir équilibrer les forces nous africains devrons connaitrent notre véritable histoire.
    Car de toutes les races, Là plus marginalisée est la race noire. Jusqu’à créer en certains noirs pour ne pas dire en beaucoup, un vrai complexe d’infériorité.
    Connaître notre histoire est la condition première pour l’Afrique vers l’émergence d’une Afrique nouvelle ,fière et compétitive.
    tout mes remerciements et mes encouragements. Ne vous arrêtez pas en chemin car vous êtes un model et exemple pour nous friands de notre histoire.
    Je vous contacterai par votre mail pour plus d’informations sur des recherches que j’entreprends depuis un certain temps

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