Ce qu’il y avait avant l’esclavage des noirs

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Ce qu’il y avait avant l’esclavage des noirs

 

Episode 3 : Comprendre le mythe du nègre en 4 points (2eme partie)

 

Pharaon Amenophis IV-Akhenaton,  XVIIIe dynastie (soit environ entre 1550 et 1292 avant Jésus-Christ)
Source: Photographie de Christian Décamps, musée du Louvre

Précédemment dans l’épisode 2, les deux premiers points du mythe du nègre ont été développés : la période avant le mythe du nègre (antiquité et moyen âge), qui foisonne de témoignages des anciens attestant de la grandeur de l’Égypte antique noire. Si tu veux comprendre le concept du mythe du nègre, il te faut comprendre le contexte qui a précédé cette légende, c’est-à-dire un contexte sans enjeu commercial. Les Grecs et les Romains n’avaient en effet aucun intérêt à mentir sur l’histoire. J’aborde par la suite l’origine du mythe du nègre, qui pénètre les esprits en même temps que les Occidentaux accostent la côte atlantique africaine au XVe siècle. J’explique la nouvelle organisation des Africains après les invasions successives qui ont frappées l’Égypte : une organisation tournée sur des valeurs morales et sur la société, loin des considérations techniques et matérielles. Il faut comprendre dans ce deuxième point que le contexte a changé, le XVe siècle est celui du début du colonialisme et de la traite négrière. Il y a de véritables enjeux économiques et donc un intérêt à mentir sur l’histoire.

Le mythe du nègre est né d’un concept marketing, on peut le dire. Le produit ici est le noir. Il s’agit de le vendre de telle sorte que sa vente réponde au besoin du consommateur, ici le blanc. On le vend autant aux entreprises (B to B) qu’aux particuliers (B to C). Là tu te dis que c’est ignoble, comment peut-on vendre et acheter un être humain en ayant la conscience tranquille, en restant une « bonne » personne ? Elémentaire mon cher Watson. Il suffit de croire que ce qu’on vend et ce qu’on achète n’est pas humain. On commence ainsi à définir le nègre comme primitif, inférieur, ridicule ou monstrueux selon les goûts, j’en passe. Cela devient légal de l’exploiter, de le brutaliser, de le torturer, de le violer, de le tuer, en bref d’en user selon son bon vouloir. Mais peu de gens songeraient à violer une guenon, peu de gens songeraient à couper les membres d’un cheval qui voudrait fuir les travaux forcés dans un champ, peu de gens songeraient à infliger autant de souffrances à un objet ou un animal. A mon sens, il est impossible de croire en permanence qu’un humain n’est pas vraiment humain; le mythe du nègre n’a vraiment rien de sensé. Je pense que le colon avait lui-même besoin de se rappeler sa croyance de façon régulière, d’où cette violence physique et morale continue, d’où cette quête absolue du déni de l’être noir. Cela ne suffisait pas pour le colon de croire au mythe du nègre, il fallait absolument que le colonisé y croit aussi. Là tu te dis comment c’est possible pour un homme de déposséder un autre homme de son humanité ? Élémentaire mon cher Watson, il suffit qu’il perde la sienne.

3. Evolution du mythe du nègre

Malgré son appartenance à une « race inférieure » selon les colons, on accorde quand même une qualité au « nègre ». Il s’agit de son don pour l’art. Mais ce don s’expliquerait par le fait que le nègre est dominé par ses émotions, incapable de raisonner. C’est cette sensibilité émotionnelle qui lui donnerait la faculté de créer. Comme s’il suffisait d’être quelqu’un d’émotionnel pour savoir chanter, peindre, danser, sculpter, etc. Je veux partager avec toi cette phrase du Comte de Gobineau dans son Essai sur l’inégalité des races humaines (1853) : « Pour le nègre, au contraire, la danse est, avec la musique, l’objet de la plus irrésistible passion. C’est parce que la sensualité est pour presque tout sinon tout, dans la danse… » [1]. C’est l’origine du cliché selon lequel tous les noirs savent danser. Cette théorie est intégrée dans la plupart des esprits et toujours véhiculée dans les médias de nos jours. Quand un certain président français arrive dans un pays africain, la première image que les médias diffusent est l’accueil dudit président à l’aéroport avec des danses folkloriques. C’est la première chose que l’esprit retient, avant même de remarquer le visage du présidant accueillant. C’est tellement cliché, et tellement en inadéquation avec l’Afrique d’aujourd’hui. Aux présidents africains qui me liraient, il faut que cela cesse. Cheikh Anta Diop souligne d’ailleurs que même certains grands intellectuels noirs acceptent inconsciemment cette idée du noir comme d’un être principalement sensible et émotionnel. Il cite notamment le poète et ex-président sénégalais Senghor, à qui appartient cette formule : « L’émotion est nègre et la raison hellène » [1]. Hellène ayant pour sens Grec, mais de façon globale l’Occident. Je dirais en ce qui me concerne que l’émotion est humaine et la raison aussi.

Je tiens à me défendre de ceux qui diraient que je suis une détractrice de Senghor, il est l’un de mes poètes préférés et cette observation objective n’est en rien une critique de l’incroyable travail littéraire qu’il a pu effectuer. Pour revenir au sujet, cette émotion qui serait propre au noir, est aussi à l’origine de clichés tels que celui qui attribue à tous les noirs un gros pénis. Cette légende sur fond raciste vient de cette croyance selon laquelle les noirs ne seraient pas capables de raisonner, donc incapables de réfréner leurs pulsions, pulsions véhiculées dans la « sensualité » de la danse comme cité plus haut. Cet argument a créé un autre mythe, le mythe du violeur noir [2]. Il sera beaucoup utilisé pour accuser souvent injustement les noirs de viols à l’encontre de femmes blanches, en particulier aux Etats Unis vers la fin du colonialisme et même jusqu’à nos jours [3]. Non tous les noirs ne savent pas danser. Non tous les noirs n’ont pas un gros pénis, vous pouvez juste me croire sur parole.

Pour revenir au temps du colonialisme, dans la configuration du noir comme esclave et du blanc comme son maître, tu penses bien qu’il était absolument inadmissible d’admettre que les noirs étaient en réalité de la civilisation de ceux qui avaient façonné la fascinante Egypte des pharaons, malgré les écrits des anciens comme Hérodote, malgré les observations de voyageurs comme Volney au XVIIIe siècle [1]. Cette propagande sur des pharaons blancs de peau est encore contemporaine. Je me souviens quand j’étais plus jeune, et que je regardais à la télé des films sur l’Egypte. Je voyais toujours des personnages dont la couleur de peau était blanche. Je pensais ainsi que les Egyptiens étaient blancs. Aujourd’hui que je connais la vérité, je pense qu’à la définition de crime contre l’humanité, il faudrait ajouter au génocide, à l’esclavage, la déportation et autres tortures, la falsification moderne de l’histoire.

Au XIXe siècle, face aux preuves des savants de l’Antiquité et même de quelques rares contemporains, la stratégie mise en place pour décrédibiliser la vérité sur l’origine noire de la civilisation mondiale est le silence, le déni ou l’absurdité. Tu as notamment cette citation de Champollion-Figeac dans son livre Egypte ancienne (1839), où celui-ci, face au témoignage d’Hérodote décrivant les Egyptiens comme des personnes noires avec des cheveux crépus, répond : « ces deux caractères physiques ne suffisent pas à caractériser la race nègre » [1].  Personnellement je suis noire avec des cheveux crépus. J’ai toujours pensé que j’étais noire et maintenant je remets toute ma vie en question. Avant le grotesque était l’affaire du bouffon, mais ça, c’était avant comme dirait l’autre. On rigole mais c’est sur la fondation d’une arnaque scientifique totalement grotesque que se développe l’égyptologie.

4. Le mythe du nègre de nos jours

En début février, j’ai vu une vidéo sur la reconstitution du visage de le Reine Egyptienne Néfertiti. Un visage blanc. Je me rappelle la frustration que j’ai ressentie. Je me suis demandée : mais quand est-ce qu’ils reconnaîtront enfin la vérité évidente ? Quand est-ce qu’ils arrêteront de mentir ? Et là j’ai compris, en regardant une autre vidéo, celle de la conférence de Cheikh Anta Diop à Niamey. J’ai compris à quel point j’étais moi-même empoisonnée par l’acculturation. Cette frustration que j’ai ressentie est un réflexe de colonisé. Pourquoi ? Parce que la vérité n’a pas besoin d’être reconnue pour être la vérité. Nous, les anciens colonisés, on a encore ce réflexe qui fait qu’on a tendance à attendre la reconnaissance du « blanc » comme une sorte de validation ; comme si c’était sa reconnaissance qui rendait véridique ce qui était déjà vrai. Aujourd’hui les connaissances ne sont plus le monopole d’une élite. Si tu peux faire tes propres recherches et accéder à la vérité par toi-même, tu n’as pas à être frustré quand tu sais que quelqu’un te raconte un gros mytho comme on dit.

Certains me feront le reproche d’écrire des articles trop longs. J’en suis désolée, j’essaye toujours de me résumer au mieux et de n’écrire que ce que j’estime vraiment nécessaire. Mais pour ma défense, il y a tant de choses à dire. Aujourd’hui nous sommes une « génération scrolling ». « To scroll » en anglais ça veut dire faire défiler, c’est le mouvement que tu fais avec ton index ou ton pouce sur ton smartphone ou ton ordinateur quand tu es sur Facebook ou Instagram pour faire défiler ton fil d’actualités. C’est un mouvement plutôt rapide et qui ne s’attache pas à rester trop longtemps sur une image ou sur un texte. Il faut vraiment qu’on sorte de cette dynamique parce que ça nous fait régresser. On ne veut plus faire l’effort de lire, au mieux on survole. Il faudrait écrire des articles qui ressemblent à des résumés de résumés, pour que la longueur ne décourage pas celui qui voudrait lire sur son smartphone. Il nous faut réellement sortir de cette paresse intellectuelle et cultiver le goût de l’effort. C’est notre responsabilité de transmettre et de semer cette graine dans l’esprit des plus jeunes.

Aujourd’hui le mythe du nègre a laissé place à l’acculturation, le deuxième étant la conséquence directe du premier d’ailleurs. Je développe beaucoup ce point dans l’épisode 1. L’acculturation c’est vraiment subtil, c’est comme un poison lent que tu prendrais depuis le sein maternel jusqu’à aujourd’hui. Le seul antidote est l’apprentissage continue de l’Histoire. Pour survivre au quotidien face à ce virus, les Africains doivent s’armer de la vérité que constitue leur passé. Regarde par exemple le conflit en République centrafricaine, musulmans contre chrétiens du même pays. Pourquoi au fond? Parce que les premiers pensent avoir une histoire différente des deuxièmes. En premier lieu il n’y a pas l’histoire de nos pays récents. Le Cameroun, le Mali, le Sénégal, et tous les autres sont des territoires qui ont été dessinés par le colon comme on se partage un gâteau. Il y a d’abord et avant tout une histoire africaine ! La cohésion nationale d’un peuple vient du partage d’une histoire commune. Et quand tu sais ça, tu as déjà une arme redoutable contre l’envahisseur externe. 

 

 

[1] Nations Negres et Culture, Cheikh Anta Diop
[2] Rape, Racism, and the Myth of the Black Rapist, Angela Davis
[3] Race and Wrongful Convictions in the United States, Samuel R. Gross, Maurice Possley, Klara Stephens
[*] Ethnies africaines
By |2018-02-18T18:15:55+01:00février 18th, 2018|Categories: Histoire|Tags: , |19 Comments

19 Comments

  1. Ngomo Aaron 18 février 2018 at 23 h 22 min - Reply

    Pour ma part , j apprécie énormément l ‘ éffort que vous faites en voulant informer les africains de la réalité. Rétablir la vérité est un long combat et c ‘ est grâce aux gens comme vous que je sais que l Afrique finira par sortir de l aliénation. Merci et surtout ne lâchez rien .

  2. telquel 19 février 2018 at 5 h 00 min - Reply

    tu n a pas compris Senghor ni le sens de ses mots

  3. Kouassi Gastian 19 février 2018 at 15 h 18 min - Reply

    Je suis sincèrement ravi de vous lire.
    Et d’apprendre toutes ces choses. Cela me conforte dans ma position de refus de ce que le blanc serait un être supérieur et le noir un être inférieur.
    Ce travail soit servir d’exemple afin de motiver d’autres sachant comme vous a restaurer l’histoire du peuple noir.
    Malheureusement vos 1ers contradicteurs seront des noirs.

  4. EKOME MFOULOU 20 février 2018 at 10 h 27 min - Reply

    J’adore merci. Je partage cet article.

  5. zongo 20 février 2018 at 13 h 05 min - Reply

    merci pour ce travail intéressant pour notre beau confinant jusqu a présent exploité et manipulé par l occident.aussi je pense qu il faut tendre sur la traduction des vérités historiques africaines en cinémas,en documentaires et autres,le cinéma touche des millions d africains en un temps records

  6. François Coly 21 février 2018 at 1 h 01 min - Reply

    Mensonges, manipulation, intoxication, crime scientifiques, Rien de ce qui est écrit ici n’est à prendre au sérieux.

    • Sylla arounha 22 février 2018 at 19 h 06 min - Reply

      F.Coly je vous comprend parfaitement mais sachez que la vérité reste la vérité grâce a nous les africains,l’Occident a pu se développer et vous nous devez un grand merci mais au lieu de faire ça vous nous calomnier comme si on étais rien pour vous or en réalité vous n’êtes rien sans nous et il faut que cela soit claire dans le cerveau de la race blanche
      Lisez bien les archives les romans les livres et autres et vous réaliserait les noires sont bien meilleure que les blancs ici je ne parle pas dune comparaison mais plus tôt d’une raisonnement afin que la vérité demeure a jamais…ceci n’est pas une insulte a votre endroit c’est juste pour vous informer mais de manière franche…merci

  7. nono 21 février 2018 at 11 h 45 min - Reply

    Tres tres interessant comme approche et demarche. Vous donnez lenvie de vs lire et votre style est aussi attachant sue captivant. Jen redemande. La bible déclare que tout ce que ta main trouve à faire fait le bien et je crois que vs en êtes la parfaite illustration. Du courage et merci

  8. soraya 21 février 2018 at 17 h 09 min - Reply

    Félicitations pour votre travail

  9. Rodrigue 21 février 2018 at 20 h 38 min - Reply

    Merci tout simplement

  10. Almad 21 février 2018 at 21 h 56 min - Reply

    Merci à vous c’est la verite, il faut ce battre à ce que cette vérité soit connu de tous par ce que c’est notre Histoire
    😀😀😀

  11. Caroline VM 22 février 2018 at 11 h 14 min - Reply

    Plume magnifique, beau style bon balancement entre le trivial et le profond, bien documenté mais tache blanche sur blog noir ne peut-on pas dépasser le clivage noir blanc blanc noir ? Ce que tu dis a une connotation africaine mais aussi universelle.

  12. Sylla arounha 22 février 2018 at 18 h 53 min - Reply

    J’admets beaucoup votre travail bref vos efforts votre énergie que vous dépensier tant pour lever le voile sur nos belle histoire qui ont été falsifier par les blancs en plus vous encouragez a travers votre article la jeunesse africaine a doubler d’effort et a lire encore plus et je vous j’en suis très reconnaissant merci
    Il y’a proverbe qui dit »peu importe la durée peu importe le temps la vérité sera toujours découvrir et il n’y a rien de telle que la patience »merci a nouveau

  13. Oumar 23 février 2018 at 7 h 03 min - Reply

    Au musée du Caire j’ai été frappé de voir une fresque d’un roi et son epouse noirs noirs, pour parler comme certains, entouré d’esclaves ou serviteuurs blancs. Le visage du sphinx, un noir. Cherchez pas loin. L’egypte était noire. Si vous allez au cap vert la couleur noir a presque disparu apres 3 siecles de colonisation, qu’en restera-t-il en egypte apres des vagues successives d’invasions romaine , arabe, …

  14. Weke 24 février 2018 at 12 h 47 min - Reply

    Très bel article. Toutes mes félicitations. J’ai aimé le lire.

  15. Fatimata zorome 24 février 2018 at 14 h 21 min - Reply

    Merci pour cette analyse. Vous savez le mensonge sur la couleur des Égyptiens antiques est très profond et n’épargne pas la religion musulmane la religion supposée être la moins raciste du monde. Tenez vous bien, en Islam il est dit que tous les prophètes descendent de Adam et Adam est noir parce qu’il a été façonné avec la terre de l’Afrique. Tous les prophètes sans exception descendent de Adam. Mais des écrivains arabes qui ont trouvé le moyen de nier les origines noires du Prophète Mahomet Alayi salam.Quand aux blancs, qu’ ils le veuillent ou non ils sont des noirs décolorés car le berceau de l’humanité c’est l’Afrique, et ce n’est pas moi qui le dit ce sont les scientifiques honnêtes qui le disent

  16. GBAGUIDI Sulpice 25 février 2018 at 7 h 44 min - Reply

    Je suis tout simplement ravi de votre travail. L’art de reconstruire n’a rien de facile. Et quand il s’agit de l’histoire du nègre que nous sommes, il faut reconnaître que c’est, aujourd’hui, un travail qui demande de l’audace et de la persévérance. Car tellement de choses, tellement de facteurs nous menacent quand on s’engage à le faire. Toutes mes félicitations….

  17. Noelle 5 mars 2018 at 10 h 23 min - Reply

    Merci pour cette article. Très beau. Mais comprenez que czst frustrant de voir les occidentaux voler notre identité, notre histoire. Moi j ai vue cette émission sur Néfertiti blanche j ai été offusqué et je pense que czst un sentiment tout à fait naturel. Mm si je connais la vérité c’est choquant de voir autant d aberration.

  18. Yaw 14 juin 2018 at 7 h 27 min - Reply

    J’espère pouvoir vulgariser ce site au maximum

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