La lettre de Willie Lynch sur la maîtrise des esclaves noirs depuis le temps des plantations jusqu’à nos jours

//La lettre de Willie Lynch sur la maîtrise des esclaves noirs depuis le temps des plantations jusqu’à nos jours

HORS-SÉRIE: La lettre de Willie Lynch sur la maîtrise des esclaves noirs depuis le temps des plantations jusqu’à nos jours 

1ere partie

« Nous allons produire un esclave. De quoi avons-nous besoin ? Il nous faut d’abord un nègre, une négresse enceinte et son petit garçon nègre. Ensuite nous allons utiliser les mêmes règles de base que l’on utilise pour débourrer un cheval. Nous énumérerons d’autres méthodes afin de maintenir cette production de façon durable. Ce que nous faisons avec les chevaux c’est que nous modifions leur mode de vie, c’est-à-dire que nous les enlevons de leur milieu naturel. Alors que la nature les pourvoie de la capacité innée à s’occuper eux-mêmes de leur progéniture, nous leur coupons ce cordon d’indépendance, et ce faisant nous créons un état de dépendance., de telle sorte que nous sommes capables de tirer d’eux le meilleur rendement pour nos affaires et notre bon plaisir » [1]

Willie Lynch

Si tu ne connaissais pas Willie Lynch avant de lire cet extrait, maintenant tu le connais. Parce qu’il a fait de l’esclavage une science à part entière, et qu’aujourd’hui, exactement 306 ans après son discours, on peut toujours observer les effets du concept qu’il a élaboré avec d’autres chercheurs pour produire le parfait esclave nègre, il devrait être aussi célèbre que Beyonce.

Ce que je te propose aujourd’hui dans ce hors-série, c’est de décrypter les points fondamentaux de la science que Willie Lynch, un esclavagiste anglais des caraïbes vient partager à d’autres propriétaires d’esclaves en 1712 en Virginie. Le mot « lyncher », qui signifie exécuter quelqu’un sans jugement est d’ailleurs un anglicisme. Le mot est dérivé du terme anglais « lynching », en référence au nom de Willie Lynch.

Alors, je vois déjà venir certains d’entre vous. Vous allez me dire, certains « historiens » disent que Willie Lynch n’a pas vraiment existé. D’autres disent que Willie Lynch c’est la CIA. On n’est pas ici pour spéculer. Je veux donc souligner que le sujet ici n’est pas l’existence ou la non existence de Willie Lynch. Le sujet est la science qui a permis à Willie Lynch et à tous les esclavagistes de maintenir le statut des esclaves depuis le temps des plantations jusqu’à nos jours. Je dis bien jusqu’à nos jours.

 

Pourquoi parler de Willie Lynch aujourd’hui, pourquoi parler d’esclavage aujourd’hui quand nos ancêtres se sont libérés il y a moins de 200 ans ?

Pourquoi parler de Willie Lynch aujourd’hui, pourquoi parler d’esclavage aujourd’hui quand nos ancêtres se sont libérés il y a moins de 200 ans ? On les entend souvent ce genre de questions rhétoriques, qui sous-entendent que les noirs devraient « passer à autre chose », « oublier le passé », « arrêter de se plaindre », « arrêter de voir le racisme partout ». Alors, si ces propos viennent de blancs, ça ne m’étonne pas dans la mesure où l’oppresseur a toujours voulu occulter ses crimes contre l’Afrique, et donc contre l’humanité. Depuis que le colon a mis la main sur nos ressources dont nos hommes, et comme nous l’étudierons dans le discours de Willie Lynch, sa stratégie a toujours été de créer une rupture entre le noir et sa culture d’origine, sa mémoire, son histoire. Que des descendants d’esclavagistes pensent ainsi c’est logique. Je ne dis pas que c’est normal, je ne dis pas que c’est rationnel, mais que ça découle d’une logique en conséquence de leur histoire. Ce qui est pourtant étrange quand même tu ne trouves pas ? Parce que lorsqu’on parle et on reparle de la Shoah, on n’entend pas les mêmes commentaires. Lorsqu’on parle du massacre des aborigènes en Australie ou en Amérique on n’entend pas les mêmes commentaires. Plus actuel, quand on parle du massacre des rohingya, on n’entend pas les mêmes commentaires. D’où vient alors cet absence totale d’empathie et ce rejet systématique d’honorer la mémoire des esclaves noirs ? Il vient simplement d’un malaise. D’un malaise parce que la traite des esclaves n’est pas seulement l’histoire des noirs, elle est aussi l’histoire des blancs. Bah oui. C’était sans doute un de tes arrières grands-parents qui violait un de mes arrières grands-parents, en s’excitant de voir la terreur dans ses yeux. En pays Basaa (lire bassa), mon pays, on appelle les personnes âgées « Mbombo ». Donc ton grand-père a violé ma « mbombo », probablement devant la fille de ma mbombo, et il a aussi violé la fille, puisque si la notion de meurtre n’existait pas pour les hommes noirs, si la notion de viol n’existait pas pour les femmes noires, alors la notion de pédophilie n’existait pas pour les enfants noirs. Je peux comprendre le malaise.

Ton héritage est construit sur une mer de sang dans laquelle flotte en surface des centaines de milliers de cadavres d’esclaves noirs. Eh oui, c’est pour ça qu’il y a ce malaise entre nous. Avant on considérait que le nègre n’était pas vraiment un homme, ce n’était pas grave de le lyncher, de le pendre tel les fruits étranges qui étaient suspendus aux arbres à la sève rouge, surtout au Sud des Etats Unis. « Des fruits à bequeter pour les corbeaux, des fruits à cueillir pour la pluie, à sucer pour le vent, à rôtir pour le soleil, à lâcher pour les arbres » [2]. Je ne connais pas l’odeur de la chair humaine qui brûle dans un grand feu de bois, mais ton grand-père ou ton arrière-grand-père oui. Mais bon ça c’était avant, c’était avant que les noirs étaient traités ainsi. Aujourd’hui ils ont la bénédiction du blanc quant à leur humanité, ils sont « libres », mais ils sont toujours en train de se plaindre, toujours en train de vouloir parler d’esclavage, de racisme. A vouloir rappeler les mauvais souvenirs. Toujours à vouloir nous faire regarder notre reflet dans le miroir. Je comprends le malaise, parce que l’esclavage est l’histoire de l’esclave et de son maitre. Et que même si l’on porte le visage le plus repoussant, le plus laid, le plus monstrueux, ce n’est pas pour autant qu’on peut soi-même le regarder dans la glace. Parce que là on verrait alors ce qui effraie tant les autres, on serait nous-même effrayé par notre propre image. Quelle horreur !

De l’autre côté, il y a des frères ou des sœurs, noir(e)s, qui pensent exactement la même chose. Aucune mémoire historique, ils sont totalement déracinés, ils pensent qu’en s’identifiant au blanc, on les traitera comme des blancs. Ils pensent eux aussi que les noirs devraient arrêter de se plaindre, qu’ils devraient s’intégrer à la mondialisation, parce que demain nous seront tous métisses. C’est ça le nouveau visage du racisme mes frères et sœurs. Tous les métisses s’accoupleront avec tous les blancs restant et tout le monde sera blanc à la fin. Extinction de la race noire au nom de la mondialisation. On a pas encore compris que le vivre ensemble aujourd’hui et demain ce n’est pas la suppression de tous pour l’édification d’un seul mais l’acceptation plurielle de tous dans l’unité de l’humanité. Pour penser comme un descendant d’esclavagiste quand on est noir, il faut supposer, comme Kanye West d’ailleurs, qu’aujourd’hui les noirs ne sont plus des esclaves. Pourquoi supposons-nous que nous sommes « libres » aujourd’hui ? Parce que nous avons une conception traditionnelle de l’esclavage comme la domination physique d’une personne sur une autre. Or si tu regardes la définition du mot « esclavage » tu verras qu’elle englobe l’esclavage physique et l’esclavage mental. Kanye West a d’ailleurs abordé le sujet la semaine dernière, puisque notre frère d’Amérique a dit ; « On entend parler de l’esclavage qui a duré 400 ans. Pendant 400 ans ? Ça ressemble à un choix », il a ensuite tweeté ; « Bien sûr, je sais que les esclaves n’ont pas été enchaînés et embarqués sur des bateaux de leur propre chef. Je voulais dire que le fait d’être restés dans cet état alors que nous étions plus nombreux signifie que nous étions mentalement esclaves ». Tu penses vraiment, noir(e) de ce monde, où que tu sois, que tu es libre ? Médite déjà sur ça de façon objective. Quand tu te compares à un blanc, est-ce que tu penses vraiment que tu as la possibilité économique et politique de faire ce que tu veux, exactement de la même manière que le blanc le pourrait ? Si tu veux acheter une maison, louer une maison, évoluer dans ta carrière professionnelle (et je ne parle pas de football), j’en passe, je ne suis absolument pas exhaustive ici. Tout le sujet de ce hors-série va être de démontrer comment on n’est passé de la violence physique à l’aliénation mentale. L’art de la guerre, le meilleur moyen de vaincre son ennemi n’est-il pas de l’attaquer sans qu’il ne s’en rende compte, sans que personne ne s’en rende compte ?

 

Comment les esclavagistes s’y sont pris pour maîtriser en plus des corps, les esprits de nos ancêtres hier, et les nôtres aujourd’hui ?

Ce qui m’intéresse dans le discours de mon frère Kanye c’est moins de mettre avant les contre-sens évidents de ses deux interventions que de soulever plutôt une question qui me paraît des plus importantes : à savoir, comment les esclavagistes s’y sont pris pour maîtriser en plus des corps, les esprits de nos ancêtres hier, et les nôtres aujourd’hui ? Comment se fait-il qu’aujourd’hui, après des siècles de torture, après des siècles de viols de femmes noires, après des siècles d’exploitation, après des siècles d’humiliations, après des siècles de massacres des noirs par les blancs, nous les noirs servons toujours leurs intérêts sans sourciller ? Comment se fait-il aujourd’hui après tout ce qu’on a subi, un pays comme la Centrafrique n’est pas en guerre contre la France mais au contraire est en guerre contre lui-même, à savoir les chrétiens contre leurs frères musulmans ? Comment se fait-il qu’il y ait des noirs qui se détestent plus entre eux qu’ils ne détestent le racisme ? Comment se fait-il que dans tous les gouvernements africains de la zone francophone circule une monnaie nazie, une monnaie nazie fabriquée ici en France, le Franc des Colonies Françaises d’Afrique ? Une monnaie qui tue le peuple Africain, sur l’initiative des occidentaux et avec la complicité de nos tous nos dirigeants.

Je veux ici tout de suite clarifier les choses. Parce que certains d’entre vous diront que je suis raciste, ou que j’incite à je ne sais quelle violence. Il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre. Je pose des questions qui ont du sens pour celui qui veut honnêtement utiliser sa capacité de raisonner. Je le dis pour les personnes de mauvaise foi et pour les sentimentaux. Quand on parle de racisme, il faut que l’on arrête de tomber dans le sentimentalisme. La première vocation de l’esclavagisme est le profit, le business, le capitalisme, le cash, le fric ! Autrement dit le fondement de notre société actuelle. Ce n’est pas une histoire d’émotions.

Willie Lynch garantit à son audience que si sa « méthode est appliquée correctement, [ils seront] capables de contrôler les esclaves pendant au moins 300 ans » [1] Quelle est donc cette méthode qui nous prive jusqu’aujourd’hui de notre liberté ?

 

À suivre…

 

 

[1] The Willie Lynch Letter and The Making Of the Slave, Willie Lynch

[2] Strange Fruit, poème d’Abel Meeropol

By |2018-05-16T11:32:57+01:00mai 15th, 2018|Categories: Histoire|Tags: , , |1 Comment

One Comment

  1. Caroline VM 21 mai 2018 at 22 h 48 min - Reply

    Tu dis des choses très vraies mais qui ne s’appliquent pas qu’aux noirs. Moi, par exemple, je me considère comme une blanche avec un coeur noir. C’est bien de voir rétablir la vérité historique, de parler au coeur, de bannir la pensée unique. Continue comme ça ! Peut-être que le message à faire passer c’est qu’au fond nous sommes tous noirs.

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