Le FCFA ou l’économie esclavagiste de notre époque contemporaine

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Le FCFA ou l’économie esclavagiste de notre époque contemporaine

Chapitre 1 : Nom de l’enfant: Violence, Nom de la mère: Terrorisme monétaire

 

« L’Afrique a produit des poètes, des savants dans tous les domaines, des médecins et des ingénieurs de réputation mondiale, des hommes politiques et des diplomates redoutés. Tous ont pu se faire comprendre jusque dans les villages les plus reculés. Elle n’a pas réussi à avoir des comptables et des licenciés en droit pour gérer ses banques, et d’abord ses banques centrales. Le contrôle de sa monnaie lui échappe, à des degrés divers, il est vrai, selon les héritages coloniaux, le sens de la chose publique et de l’honneur, mais partout douloureusement. » [1]

Joseph Tchundjang Pouemi

Il n’y a pas de puissance politique sans puissance économique, et pas de puissance économique sans stabilité monétaire. Dans cette logique, comment penser l’essor de l’Afrique sans repenser sa monnaie ? Comment penser l’Afrique demain sans mettre en lumière les contradictions les plus absurdes qui sont les siennes aujourd’hui : continent avec le plus grand nombre de ressources dans le monde et pourtant le plus pauvre, continent à l’origine de l’humanité et pourtant en marge de cette dite civilisation. Il y a tellement d’espaces arables chez nous que nous cultivons pour les Occidentaux et les Asiatiques, et pourtant nous sommes ceux que les ONG viennent nourrir, parce que nous serions incapables de nourrir nos propres enfants. Incapables de retenir nos frères et sœurs qui sont près à risquer violences, viols, esclavage, mort, pour toucher les côtes Occidentales. Comme on dit chez moi au Cameroun : « Qu’est-ce qui n’a pas marché ? ». A cette question le Président Français Emmanuel Macron répond : « La transition démographique [..] est l’un des défis essentiels de l’Afrique. […] Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien » (G20 2017). Et à cette question, nos propres présidents africains ne répondent absolument rien.

Hors l’économiste Joseph Pouemi répond dans son œuvre : « Les vrais problèmes de l’heure s’appellent inflation, chômage, déséquilibres de balance de paiements, taux de change désordonnés, avec pour corollaires les révoltes, la criminalité, la délinquance, etc. Qui en souffre ? Tout le monde. Leur foyer ? Les pays industrialisés. Leur source ? La monnaie. » [1]. Comme le dit le vieil adage, « L’argent est le nerf de la guerre »

Cette citation était vraie dans les années 70 au moment de l’écriture de son livre. Cinquante ans plus tard, à l’heure où j’écris cet article, rien n’a changé. On dirait que l’Afrique est restée figée à l’heure de la mise en scène théâtrale de la décolonisation des années soixante.

Dans les médias occidentaux on ne parle que d’immigration, fer de lance des politiques pour encourager la peur de l’autre. On parle aussi des violences qui se déroulent dans nos pays africains et de toutes sortes de trafic; comme dirait Macron, « trafic de drogue, trafic d’armes, trafic humain, trafic de biens culturels » (G20 2017). Comme d’habitude on parle toujours des effets, jamais des causes. Les trafiquants sont les premiers à dénoncer le trafic, mais ils oublient de se dénoncer eux-mêmes. On ne parle pas de l’esclavage et de ses effets secondaires, encore moins de sa continuation monétaire aujourd’hui. Le Dr Umar Johnson nous explique dans le film Hidden Colors 2 que « La castration économique et l’ignorance sont le père et la mère de la violence ». L’équation est donc simple :

Plus d’opportunités de travail = moins de violence

Moins d’opportunités de travailler = plus de violence

CQFD*

J’entends souvent certains dire que les Africains devraient se soulever pour leur liberté, ou que l’Afrique sera toujours en retard sur son temps, que la mentalité des Africains ne changera jamais. A ceux-là j’aimerais répondre que c’est trop facile de se révolter sur Facebook quand on a bien mangé, quand on est au chaud dans ses vêtements, en bonne santé et à l’abri dans sa maison. Nos Etats Africains sont des Etats fantômes, il suffit d’observer les conditions de vie de nos populations. Tant que les besoins primaires des masses ne seront pas remplis : nourriture, abri, travail, soins médicaux, éducation, nous n’aurons jamais une communauté indépendante et encore moins une population qui se soulève. C’est pour ça que l’Afrique est aussi facile à contrôler aujourd’hui, le monde extérieur contrôle sa politique, son simulacre d’économie, ses banques, ses ressources, ses religions, ses hommes.

Cette domination est telle que les Africains pensent que leur salut ne pourra venir que des Occidentaux, ils attendent ainsi le Messie qui viendra les sauver de leur misère dans un imaginaire lui même contrôlé par l’extérieur. Eh oui! Même notre imaginaire ne nous appartient plus. Le fameux discours de Macron a fait jaser sur les réseaux sociaux parce qu’une fois de plus, et comme tous ses prédécesseurs avant lui, le président a performé le spectacle sempiternel du bon vieux colon qui prétend pouvoir soigner l’Afrique des maux dont il est lui-même à la racine. Cela dit, on a beaucoup parlé de sa réponse mais très peu de la question qui lui a été posée par un journaliste ivoirien, et qui a donc suscité sa fameuse réponse. La question était la suivant: « Combien les pays du G20 sont prêts à mettre dans l’enveloppe pour sauver l’Afrique? » Et j’ai envie de dire que la réponse du Président a été à la hauteur de la question posée. Si ce n’est pas le reflet de notre incarcération mentale et économique, que l’on me dise ce que c’est? 

Cela dit la fatalité est un mythe. Tant qu’il y aura des personnes pour résister à l’invasion impérialiste, invasion physique, économique et mentale, l’Afrique pourra toujours renaître de ses cendres. Nous, Africains, dont les besoins primaires sont déjà remplis avons le devoir de nous connaître et de promouvoir notre histoire, car rien ni personne ne peut contrôler un homme qui se connaît. Une fois que nous transmettons cette connaissance à la génération future, nous créons des familles de révolutionnaires et nous construisons progressivement l’Etat Africain restauré de demain. Dans ce combat qui est le nôtre, l’argent est bel et bien le nerf de la guerre. C’est la raison pour laquelle il nous faut plus d’entrepreneurs Africains en Afrique. Il devient d’autant plus intéressant de comprendre les mécanismes qui régentent la monnaie dans laquelle nous sommes amenés à être des acteurs économiques. C’est la raison laquelle il ne nous faut pas simplement dire l’évidence de la sortie du FCFA pour la zone Franc, mais véritablement comprendre l’origine de cette strangulation monétaire pour mieux en qualifier l’issue.

Le chapitre 2 de cette série va donc remonter à l’origine de la monnaie, tout court, et aura pour soin non pas sa description mais bien sa définition et sa fonction.

 

[1] Monnaie, servitude et liberté, Joseph Tchundjang Pouemi

* C’est ce Qu’il Fallait Démontrer

 

By |2018-10-10T23:04:48+02:00octobre 10th, 2018|Categories: Actualités, Economie|4 Comments

4 Comments

  1. Noelleykanji 11 octobre 2018 at 1 h 27 min - Reply

    Article très intéressant comme les autres. Hâte de lire la suite. Il est temps de rentrer et d appliquer les connaissances que nous avons acquis en Europe pour pouvoir faire avancer notre Continent. L Afrique, la belle.

  2. Printille 11 octobre 2018 at 13 h 32 min - Reply

    Bravo pour ce très bel article, instructif et percutant.
    On a hâte de lire la suite !

  3. CarolineVM 15 octobre 2018 at 22 h 54 min - Reply

    Ce que tu dis La Kabassa est bien vrai.La souveraineté nationale de tous les pays africains est légitime. Il leur faut une monnaie propre et des ressources humaines en gestion économique et juridique. Malheureusement, peut-on concevoir quoique ce soit dans ce bas monde sans un passage par la force ?

  4. NINKO 18 février 2019 at 19 h 09 min - Reply

    Très bel article

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